L’atelier du rêveur éveillé

… et de l’éveilleur de soupçons sur trop de raison

 

Les rideaux de scène, d’une blancheur éclatante viennent de s’ouvrir.

Imaginez une gare immaculée elle aussi, baignée de la douce lumière du petit matin …

L’espace séparant les longs pans de tissu laisse entrevoir un socle assez haut sur lequel trône un ancien globe en verre.

Tradition séculaire destinant ces globes à recueillir et protéger le bouquet porté par la mariée le jour de ses noces.

Ah si ce globe pouvait parler me dis-je …

Mais en y faisant plus attention, j’entendis en ce matin du 8 avril 2020, un doux ronronnement.

Au début à peine audible, il s’amplifiait progressivement …

Le son bien qu’amorti par le globe en verre duquel il sortait, ressemblait à un chant, à un chuchotement psalmodié.

Etrange découverte …

Je me suis senti malgré moi attiré par cet objet que la lumière rendait irréel. Sensation étrange d’être entre réalité et rêve éveillé.

Je vis ensuite sous le globe un son intégrant des secousses régulières.

Et oui, Voir un son …

J’entendis une fumée assez dense qui commença à m’envelopper.

Et oui, j’Entendis une fumée …

Confusion des sens, mariage des sensations …

Une voix masculine me dit à cet instant :

« Ne regarde pas le bouquet que je t’ai amené, imagine-le seulement.

De délicates fleurs d’oranger associées à des perles de cire le composent.

Ce bouquet est pour toi, ce bouquet est pour nous ».

Le rythme d’un son syncopé était toujours présent.

Une fumée dense, douce et onctueuse me caressait le corps.

A cet instant j’ouvris les yeux, car ils s’étaient fermés d’eux-mêmes.

Une locomotive à vapeur semblable à celle avec laquelle je jouais enfant, se trouvait devant moi.

Noire, rutilante, magnifique …

Elle progressait tranquillement sous le globe transparent.

La voix revint vers moi et me révéla le secret de sa présence dans mon atelier.

Regarde cette fumée, la reconnais-tu ?

Elle présente des reflets argentés et des nuances proches de la couleur de l’argile et de la glaise.

Cette fumée c’est toi …

Moi ?

Oui la fumée renferme tes génomes.

Avec plus d’attention, je remarquai que les volutes de fumée étaient constituées de filaments assez courts.

Des cheveux, mes cheveux …

Tout s’éclaira soudain, tout devint évident.

Mes cheveux, un globe de marié, une voix connue et des fleurs comme je les aime, posées délicatement sur une banquette du train.

C’était la voix de Michel …

 

(Fumée et perles de cire – Benoît Lallemand – 9 avril 2020)