Posé sur la table de nuit, le verre à eau semble amplifier le silence de la chambre.
À travers sa paroi cylindrique, les caractères tracés par la main tremblante de mon père se déforment.
Il a utilisé une serviette en papier, seul témoin de l’urgence de son esprit qui s’embrume.
Sur ce support précaire, une boussole dérisoire contre l’oubli :
« Ne pas se coucher avant 18h car il faut souper »
Ces quelques mots griffonnés sont le dernier rempart d’une dignité qui lutte.
Dans ce lieu où les heures se ressemblent toutes, mon vieux père consigne la règle pour ne pas s’effacer trop tôt dans la nuit, s’accrochant à la promesse d’un dernier repas comme on s’accroche à la vie.
Derrière le verre d’eau, le message devient une loupe sur sa vulnérabilité, un petit naufrage de papier blanc dans l’océan de la maison de repos.

